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vendredi 6 juin 2014

critique : 36 nulles de salon suite


Voici un nouvel avis qui fait suite et vient enrichir le précédent article critique, publié en mars, sur les “36 nulles de salon” de Daniel Cabanis.

Je suis allée voir la pièce une nouvelle fois, me demandant si les commentaires faits sur le blog étaient justifiés et si je m'étais trompée sur la qualité de ce que j'avais vu et entendu.

La pièce a été remaniée. Il y a eu des suppressions, des déplacements. Les “coutures” sont moins visibles, les séquences s'enchaînent beaucoup plus rapidement, parfois sans que la transition apparaisse. La durée a donc considérablement diminué. Les personnages ont été dirigé subtilement vers un aspect clownesque (accessoires). La mise en scène de certaines scènes a été modifiée (instauration d'un jeu au départ ou déplacement des comédiens sur l'avant-scène – “les soirées du mardi” ). Le plateau est plus grand et la structure laisse davantage de place au jeu. Cette structure continue à être modifiée après ce qui était “la phase d'aboutissement” dans la version précédente.




Dans la salle ce soir à Tours, le public a ri, applaudi. On sentait une belle complicité, non pas avec les personnages, mais avec les comédiens. Il n'y avait aucun doute sur la qualité du plaisir théâtral partagé. Le public n'avait pas vraisemblablement été prévenu comme M. Leguen que 95 % des critiques étaient mauvaises, il se fiait à son propre jugement et passait une soirée agréable, dans l'esprit de la devise de Jacques Bonnaffé : “élitaire et pomme de terre”.
Une remarque  sur la notion de comique et de tragique schématisée dans un commentaire de l'article précédent. Il s'agit d'un exemple pédagogique créé par un de mes professeurs de philosophie pour aider les élèves à appréhender la notion d'ironie, dans la pensée de Kierkegaard et par extension la notion d'ironie tragique. Des gens s'agitent autour d'un feu, il n'y a rien autour d'eux, leur agitation est dérisoire et décalée, c'est comique, mais s'ils se trouvent dans une pièce close, il s'agitent vainement puisqu'ils sont condamnés, c'est ironique. On pourrait rire comme dans l'autre situation, mais notre connaissance d'un élément qu'ils n'ont pas (la claustration) nous conduit vers le tragique et inhibe le rire. 

J'ai retenu cet exemple, parce que m'interressant déjà au théâtre à l'époque, j'ai su que je tenais là une des clefs de la mise en scène et de la direction d'acteurs.
Je vous parlerai dans un article à venir de l'aspect décousu que l'on reproche au texte... et qui me semble plutôt être le contraire.
à suivre








jeudi 29 mai 2014

il faut des exemples (polyphonie)


IL FAUT DES EXEMPLES

Polyphonie




un héros

ils ont dit

oui

dans le journal

oui

un gros article

sans photo mais encadré

dans l'arbre le plus haut

sans permission

a grimpé

le plus haut

au risque de sa vie

au plus haut

inconscient

pour un chat

n' a pas réfléchi

pour un chat

depuis deux jours il miaulait

ameutait les enfants

l'enfant ?

le chat

48 heures là-haut

les pompiers

avaient essayé de le faire tomber

avaient lancé des cailloux

des pierres pour le faire tomber

de son arbre

le chat

les enfants hurlaient

mais que fait la police

pas vue

pas venue ?

pas vue

alors il a grimpé

le matin

devant les autres

sous leurs cris

Un danger

pour sa vie

pour les nôtres

leur donner envie d'en faire autant

il a grimpé

est arrivé jusqu'au chat

un bon élève

le pire des pires

le dernier

le plus puni

il a grimpé

devant les autres

devant les nôtres

risquant sa vie

et le montrant

aux nôtres

le chat dans ses bras

devant les nôtres

il ne pouvait plus redescendre

alors les pompiers sont revenus

avec des cailloux ?

avec une échelle

ne voulait pas lâcher le chat

les ont redescendus ensemble

unis

serrés

devant les nôtres

un garnement

et le chat

le journaliste a fait une photo

les enfants avec leur portable

un héros

ils ont dit dans le journal

les enfants ont tous lu

tous applaudi

tous fiers d'être du même collège que lui

il faut des exemples

ne pas recommencer

risquer sa vie

pour un chat

risquer sa vie

et le montrer

ferait mieux d'apprendre ses leçons

d'écouter en classe

de faire ses dévoirs

d'être toujours poli

de ne pas répondre

d'être un bon élève

soumis

un vrai héros

il faut des exemples

si les autres voulaient l'imiter

risquer leur vie

pour un chat

pour un autre

risquer leur vie

il nous faut des exemples

une punition

une exclusion

les autres

comprendront

on leur expliquera

oublieront

une exclusion

une conseil de discipline

mais quelle raison

mise en danger de la vie de ses camarades

il nous faut des exemples






vendredi 18 avril 2014

Inclassable : Il faut savoir rire de tout

Depuis quelques semaines, je vais très régulièrement à Paris. Quoi de plus normal me direz-vous. C'est vrai que le métro passe très souvent. Mais ce qui ma fait sourire ce sont deux affiches qui se sont succédé sur le même panneau à quelques semaines d'intervalle. J'en ai profité pour faire ce petit texte... (une petite visite sur le ite du parc des expos de la Porte de Versailles à Paris éclairera ceux qui ne comprendraient rien )










Effervescence


porte de Versailles


d'un salon l'autre


les bœufs s'en vont


les étudiants s'en viennent


Labourage et pâturage



vendredi 28 mars 2014

Critique : 36 nulles de salon


J'attendais avec impatience les 36 nulles de salon de Daniel Cabanis. J'avais entendu le texte lors d'une lecture au Rond-Point, il y a presque 2 ans. La distribution a été conservée : Olivier Saladin et Jacques Bonnaffé. Étrangement je reconnais, dans une autre ordre, les textes entendus (ils sont normalement 36 – mais impossible de les compter, tant on est pris dans leur enchaînement). Je retrouve les phrases au moment où les comédiens les échangent. (Dire que je suis incapable de retenir un texte et que je me souviens du moment exact où la phrase a été prononcée au Rond-Point, il y a 2 ans). Il ne va pas être facile dans ces conditions de demeurer dans l'objectivité.

Je suis en Terra cognita et cela me dispense de la découverte. La galéjade, la craque qu'était la première lecture a pris du corps, de l'épaisseur. Nous étions à la limite des brèves de comptoir, nous voici dans un huis clos, drôle et acide. La présence à la toute fin de textes autour de questions plus existentielles renvoient alors au monde de Beckett... Nous assistons à une fin de partie de vie des deux frères. Et le Godot qu'ils attendent s'appelle officiellement la mort.

Une répartition différente des voix permet aux deux jumeaux de se différencier et de former des personnages à part entière, des personnages plus complexes. Des jumeaux, Mario et Mario ? Ou un dédoublement comme le triste enfant vêtu de noir qui vient visiter Musset une nuit de décembre ? Deux personnages qui dans leur petitesse et la fierté qu'ils en tirent, se permettent de rire des autres, de façon parfois très cruelle, à la limite de l'épigramme, forçant le spectateur à rire de leur cruauté. Ils leur arrivent aussi -malgré eux ? - de faire des jeux de mots ou des associations très fines.

Sur le plan de la mise en scène, une alternance se fait entre les temps de jeu et les temps d'action qui donnent au texte une place différente, et rythment le spectacle. Le jeu se fait autour d'une intention et la scène vire parfois à l'exploitation au second degré d'un stéréotype (le film policier., un couple regardant un film..). L'action consiste à intervenir sur la scénographie. Le plateau gris est occupé par une structure de bandes élastiques tendues que les comédiens/les personnages construisent et déconstruisent systématiquement, quand elle ne le fait pas d'elle-même. La structure devient œuvre d'art, tonnelle au soleil, prison, labyrinthe, cage, animal, univers onirique, instrument de musique, voisin... On comprend très vite que c'est « le grand oeuvre » que  les deux frères cherchent à réaliser pour parvenir enfin à exister. La lumière souligne ses métamorphoses.

Comme toujours dans les mises en scène de Jacques Bonnaffé, la musique et la danse ne sont jamais loin. Comme souvent aussi, les personnages prennent à certains moment le pouvoir sur le texte pour se commenter ou commenter leur action de personnage, associant le public.

La jauge est moyenne. En rapprochant le spectateur de la scène, elle renforce l'impression d'enfermement des personnages sur eux-mêmes. Les moments d'affection comme ceux de haine s'amplifient et prennent les spectateurs à témoin moins qu'ils ne cherchent à les gagner à la cause de l'un ou de l'autre des 2 Mario. La sympathie passe d'un jumeau à l'autre au fil des scènes.

L'interprétation est très riche. Le texte offre à chacun des deux comédiens une superbe palette à explorer et à exploiter. Le risque aurait été grand de caricaturer (ce qui se produisait un peu pendant la lecture au Rond-Point). Il y a dans cette version scénique de la retenue et des nuances fouillées, plus chez Jacques Bonnaffé* que chez Olivier Saladin.

Pour parodier Orwell, je dirai que tous les Mario sont égaux, mais que l'un est plus égal que l'autre.


 voir les autres articles dans les archives (notamment en septembre, octobre et novembre)
Cet article a été enrichi de deux autres publiés en mai et en juin
 - critique de 36 nulles de salon suite
 - recoudre le théâtre




Vous hésitez : Si vous aimez les Diablogues de DUBILLARD, foncez, vous passerez un excellent moment. Si vous aimez le théâtre de l'absurde, foncez. Si vous êtes prêts à vous laisser aller, foncez....




dimanche 23 mars 2014

Bussang

Une petite remarque,
Oui j'ai oublié que tout le monde ne connaît pas Bussang.
Il s'agit en réalité du Théâtre du Peuple, fondé par Pottecher à Bussang, une petite ville des Vosges tout près du col du même nom, à la limite de l'Alsace.

Critique : un canard sauvage à Bussang


Retour de la Colline, Théâtre national. Sur mon bureau le programme de Canard sauvage. Un de ces merveilleux programmes, riche de textes autres, parallèles et d'offres de poursuite de lectures et pas seulement une bavasserie autogratifiante d'un metteur en scène ou d'un traducteur. Avec des photos du spectacle, des photos en couleurs...

Une remarque d'un curieux. « On dirait Bussang ».

Je reprends les photos. Un doute, un regard plus débarrassé de l'empathie du spectacle. Cette caisse en bois aux structures apparentes (que l'âge n'a pas encore brunies), cette déclivité du plateau (qui permet au spectateur de bien voir, mais qui casse les mollets des acteurs et transforme tout roulement en travail herculéen). Mêmes portes coulissantes de fond qui libèrent la vue sur un monde végétal (reconstitué artificiellement pour la Colline). Non, je n'ai pas pensé à Bussang pendant toute la représentation,malgré l'allusion et les similitudes. Parce que Bussang est autre que ce cliché.

Bussang s'attrape d'abord par le souffle, plus exactement par l'essoufflement. Vous avez laissé la voiture au grand parking près du village et de la Popote où acteurs et figurants se croisent entre les représentations. Ou pire, vous vous êtes garés , dans le village près des hôtels et des deux restaurants. Vous devez poursuivre le chemin escarpé à pied entre les demeures historiquement architecturées de la bourgeoisie vosgienne, les pensions cossues du début du siècle, quand Bussang était une ville thermale. Puis elles vous laissent au milieu de la campagne

Bussang s'attrape ensuite par la vue. Il vous faut des prairies émaillées de vaches noires à l'échine blanche, des chaumes au loin paresseuses sous le soleil ou pudibondes dans les nuages, des croupes de forêts et l'impression d'être arrivé là où cela ne se continue plus. Alors derrière une haie de buis vous entendez des discussions, des rires et des verres entrechoqués.

Bussang s'attrape alors pas l'oreille. Vous traversez ce qui vous semblait la haie infranchissable des contes de fées. Votre pied s'enfonce dans une allée de cailloux blancs qui se dérobent dans un friselis de pierres, rejoignant les cris d'autres cailloux malmenés. Vous ne regrettez pas d'avoir gardé des chaussures confortables. Quelques élégantes parisiennes vacillent au bras de beaux messieurs, avec des allures de quasimodo de carnaval. Les montagnards progressent dignement en godillots vers les portes de bois.

Bussang s'offre alors à vous dans la majesté de ses planches de bois noirci, avec sa grande croix blanche, ses escaliers de grange aux troncs mal équarris. Vous vous demandez ce que vous faites là et si c'est bien là la scène nationale qu'on vous avez annoncée, qui réussit le miracle d'accueillir en à peine deux mois plus de spectateurs que ses sœurs urbaines, sur dix mois. Bussang semble un ranch fortifié. Poussé par la foule, vous entrez.

Bussang s'attrape par l'odeur. La résine des bois rivalise avec la poussière centenaire. La rusticité du lieu est gage de son authenticité. Tout est en bois : le sol, le plafond, les sièges, la scène et son cadre. Tout est historique des bancs sur lequel on s'aligne sans hiérarchie aux devises du cadre de scène. Les projecteurs et autres engins modernes paraissent anachroniques. Puis il y aura tout à l'heure, promesse chaque saison renouvelée, l'odeur de la fôret, celle des grands arbres entrés dans la cage par l'ouverture du fond de scène ou celle de la terre mouillée.

Bussang s'attrape enfin par le corps. Il vous faut le souvenir du soleil, qu'on devine à travers les bardeaux mal jointifs, sa chaleur qui vous rejoint dans la salle. Il a les embruns des jours d'orage ou de brouillard, qui se répandent dans la salle, par les mêmes interstices entre les bardeaux, ces embruns qui vous humidifient et vous glacent. Il vous faut l'inconfort des sièges malgré les coussins à l'effigie du spectacle, et les trois heures avant de pouvoir à nouveau étendre ses membres. Les yeux dans le rêve et le corps au pilori.

C'est pour retrouver tout cela que vous revenez, comme tous les autres, tous les ans, au Théâtre du Peuple. Vous venez revivre la grande utopie d'un théâtre plus que centenaire, toujours vivante et renouvelée., dévoreuse d'hommes et d'énergie (mais de cela je parlerai un autre jour).

Non. Il n'y avait rien de commun entre Bussang et la représentation de la Colline. Le scénographe y avait-il songé d'ailleurs ? Bussang n' a pas bonne presse auprès des grands créateurs, avec ses effets faciles, convenus., et ses milliers de spectateurs, qui parfois ne vont au théâtre qu'un jour en été.



mercredi 19 février 2014

Critique : RE : Walden




Spectacle à la Colline, une tournée après une présentation en Avignon l'été dernier.

Une impression mitigée parce que faussée par le souvenir encore vivace de la lecture faite par Jacques Bonnaffé, il y a peu de mois.

Des choses merveilleuses : une projection panoramique d'un étang en forêt au fil des saisons, avec des images qui s'accélèrent et tournent à la folie, au subliminal. Etang qui se superpose à celui évoqué par Thoreau. Un piano qui devient autonome, joue seul et finit par se détruire au plus fort d'un moment intense. Une projection d'avatars qui assument les déplacements des comédiens demeurant statiques. Voix des comédiens sur scène (par voix amplifiée) et bulles pour faire parler les avatars. Des doutes qui naissent (est-ce l'avatar ou le comédien qui bouge) quand les deux sont si étroitement en surimpression qu'on ne peut les différencier.

Un moment très intéressant aussi : la traduction informatique du texte de Thoreau en français et les aberrations que génèrent ce type de traduction. Un texte devenu totalement absurde que les comédiens après une première surprise jouée, déclament comme s'il s'agissait d'un travail de qualité.

D'autres passages plus dérangeants, parce qu'il vient se heurter au travail de Jacques Bonnaffé. Jean,-François Peyret n'était pas dans la galerie, mais les deux artistes ont si souvent travaillé ensemble et notamment sur des lectures, qu'on peut aussi bien voir une imitation de l'un par l'autre qu'une osmose si complète qu'ils se rejoignent dans leur production.

Dès lors une comparaison se fait entre les techniques utilisées, les méthodes, les trouvailles...

Les acteurs reprennent les phrases des autres pour y ajouter ou y modifier un mot minuscule (parfois / de temps en temps, …) comme une rectification sensée apportée un nouvel éclairage ou pour au contraire rendre ridicule l'orthodoxie de certains traducteurs ? Jacques Bonnaffé reprenait des passages, pour déplacer une virgule, une respiration, pour ajouter ou enlever une intention....Le texte peut ainsi être lu plusieurs fois, chaque nouvelle lecture enrichissant ou déformant la précédente, conduisant sur une pluralité de compréhension...

Les comédiens de Jean François Peyret semble découvrir des citations dans des emballages de carambar. Thoreau est-il un auteur de blagues de mauvaise qualité, ou cela est-il destiné à souligner le décalage entre une pensée profonde et l'usage qui en est fait. Les comédiens mâchent à la fois le texte et les confiseries qu'ils déballent. La prononciation s'altère autant que le propos. Intéressant.

Mais combien plus riche la proposition faite par Jacques Bonnaffé. Les papiers chiffonnés comme ressuscités après un premier abandon et retrouvant la force de l'écriture, ou les phrases écrites sur des morceaux de cartes routières, pour un auteur qui a abandonné la route et qui demande plusieurs fois dans le livre où se trouve tel ou tel endroit. Une carte... chiffonnée, comme son renoncement à un monde trop balisé....

Je en parlerai pas du rapport au public, il y a là trop concepts mis en jeu de chaque côté.

On ne peut pas comparer deux approches aussi différentes et aussi cousines de l'oeuvre de Thoreau. Le tort principal pour moi est d'être allé voir les deux spectacles dans un intervalle aussi court.