Voici un texte de mon anthologie personnelle pour Printemps des Poètes
ET vive la Beauté
Refrain
Et vive la beauté dé dé dé démesurée
à bas les corps for for for matés
à bas l'académisme de la beauté
la beauté sté sté sté stéréotypée
1
Vive les genoux qui dérapent et les jambes qui boitent
Faites défiler la perfection de vos imperfections
ne soyez pas la miss univers
soyez la miss terre la miss astrale
ayez les pieds trop longs
ne rapez pas votre menton ne limez pas vos hanches
que vivent les tout petis petons et ls grands nez mirlitons
explorez les cavités insensées de votre corps animal
vive les ventres ronds
laissez respirer vos formes et vos narines
ouvrez vos pavillons
jouez des globes dans tous les sens pagaillez vos cheveux
claquez de la langue et salivez vos postillons
2
Laissez flotter les polis e votre dos comme une cape de Zorro
mettez des rubans dorés sur vos rondeurs
qu'ls soient petits vos lolos ou gros vos nichons
de toutes façons que vivent vos mamelles
et vos dents en avant qu'elles claquent dans le vent
et vos bouches de travers laissez-y entrer l'air
ne camouflez pas vos imperfections elles sont votre respiration
et d'ailleurs il n'y a pas pas pas pas d'imperfections
Toute votre épopée danse danse et modèle votre peau
Laurence Vielle Récréation du Monde Bookleg n° 27 editions Maelström Bruxelles
samedi 16 février 2019
Après sa mort on peut devenir parrain du Printemps des Poètes
Pour ceux qui ne reconnaîtrait pas l'image: il s'agit à la base d'une photo de Gérard Philipe.
Le tableau est une oeuvre de Gérard Fromanger qui porte le titre "Gérard Philipe dans le Prince de Hombourg".
Pour ceux d'entre vous qui ne connaîtraient pas Gérard Philipe, il s'agit d'un des comédiens les plus populaires de la fin des années 40 et des années 50. Il était né en 1922 et est mort en 1959 (il y a 60 ans). Il n'avait que 36 ans, il est mort 15 jours avant ses 37 ans. Pour toute une génération, il symbolisa la jeunesse qui échappait de la guerre et rêvait de construire un monde nouveau. Il symbolisa la jeunesse simplement parce qu'il ne connut jamais la vieillesse. Il symbolisa aussi la beauté parce qu'il était correspondait aux critères de l'idéal masculin à cette époque et parce qu'il avait joué dans "la beauté du diable" où il incarnait Méphistophélès et le jeune Faust. Incarnation de la beauté et de la jeunesse, il devint vite un des plus grand nom du théâtre et du cinéma. Il contribua à la réussite du Festival d'Avignon. Mais il fut aussi un des comédiens qui révolution le jeu théâtral en imposant le naturel dans la déclamation, il fut engagé politiquement, et présida un temps le syndicat des acteurs français, il fit découvrir en France des écrivains engagés. Passionné de poésie, il fit connaître au grand public Henri Pichette notamment, en portant un de ses textes sur la scène, avec Maria Casarès.
Il fut l'idole des plusieurs générations et pour de nombreuses personnes, cette image est mythique et reconnaissable entre toutes : La mort du prince de Hombourg.
La voir apparaître comme symbole d'un printemps des poètes qui renoue avec la mièvrerie et le misérabilisme émotionnel est profondément choquant. Il s'agit d'une manœuvre pour cautionner par la référence à un mythe du théâtre des propos contre lesquels il se serait insurgé. Les manuscrits qu'il a laissés permettent d'imaginer que la suite de la carrière qu'il envisageait allait vers la difficulté, la politique, l'analyse humaine... le choix de Ripois ou de Valmont dans ses derniers films confirment cette intention.
Comment l'imaginer garant d'un Printemps des Poètes qui a perdu sa vigueur.
Le seul avantage, c'est qu'on ne risque pas en choisissant Gérard Philipe de le voir venir un scandale le jour de l'inauguration officielle...A moins et ce serait drôle : le long spectre blanc du Prince de Hombourg venant jouer Hamlet .. "Il ya quelque chose de pourri dans le royaume de Danemark"...
Comment l'imaginer garant d'un Printemps des Poètes qui a perdu sa vigueur.
Le seul avantage, c'est qu'on ne risque pas en choisissant Gérard Philipe de le voir venir un scandale le jour de l'inauguration officielle...A moins et ce serait drôle : le long spectre blanc du Prince de Hombourg venant jouer Hamlet .. "Il ya quelque chose de pourri dans le royaume de Danemark"...
lundi 22 octobre 2018
areleve-re, brave soldat
Une petite ville de la
banlieue de Douai, Cuincy, et un soirée de mi-octobre, une date
parmi d'autres dans le calendrier des commémorations de l'Armistice
de 1918. Pourquoi en parler, parce que cette petite ville s'est
offert la présence d'un comédien connu en lui laissant carte
blanche. La salle est comble. Le comédien est Jacques Bonnaffé.
Nous sommes dans le Nord et il pédale local... Un spectacle d'un peu
plus de 2 heures terminé par une Ovation debout.
Après une présentation
par une élue qui met en parallèle, les récompenses du comédien,
son rôle de chroniqueur en poésie sur France Culture et ses choix
qui l'éloignent d'une politique carriériste, la soirée
« areleve-te, brave soldat » peut vraiment
commencer.
Le spectacle se divise en
deux parties qu'un faux entracte improvisé délimitera.
Le première partie se
passe en bas de la scène éclairée qui donne à voir un décor et
les accessoires d'une autre pièce.
Jacques Bonnaffé, assis
à un bureau, manipule son ordinateur pour faire entendre des textes
enregistrés accessibles sur le site Cafougnette. Des extraits d'un
ouvrage de Jules Mousseron « les Boches en pays noir »,
texte qui avait déjà été présenté à l'auditorium du Centre
historique minier de Lewarde au moment de sa diffusion sur CD.
Jacques Bonnaffé est, je pense, le seul comédien à passer un
enregistrement alors qu'il est présent, alors qu'il pourrait lire le
texte. Il en profite pour commenter, traduire quelques expressions,
reprendre une phrase. C'est contraire à toute règle consensuelle de
représentation et pourtant ça fonctionne. Le public en redemande.
Une petite anicroche dans la manipulation, un ennui technique, il y
va d'une plaisanterie. Le ton est donné nous sommes dans la
performance. Je ne parle pas du show ou du récital, mais de la
performance du texte, au sens théâtral.
Les auteurs sont là :
Mousseron, bien sûr, Genevoix, Aragon, Darras... « Elitaire et
pomme de terre », comme l'annonce la devise qu'il s'est forgée.
Les guerres aussi se mélangent : 14-18 (avec déjà l'annonce
de la réconciliation de 1963, « aujourd'hui on ne dit plus
Boche »), 39 45 (avec la bataille de Dunkerque) et toutes les
guerres qui de nos jours encore poussent les populations sur les
routes. Un poème de Mousseron parle de l'exil forcé de la 1ère
guerre mondiale, on pense au cortège de « En mai fait ce qui
te plaît », 20 ans plus tard et aux migrants plus récents.
On pense au film « Dunkerque ». Jacques Bonnaffé prend
d'ailleurs soin de rappeler les dates, de montrer leur peu de
distance. Les textes sont noirs, denses, solides, prégnants mais il
trouve toujours un moyen pour les détourner quelques secondes, en
trébuchant sur une phrase, en commentant « Genevoix ne m'aide
pas dans sa transcription du chtimi... ». Martin, un personnage
de Ceux de 14 rejoint Cafougnette. Ils sont du Nord, et
encore plus frères de ceux qui écoutent.
Jacques Bonnaffé prône
la supériorité des mots sur les images et c'est pourtant son image
qui soutient la lecture, vient relancer l'écoute... C'est flagrant
quand, parti à la recherche d'un passage dans un livre, il se tait,
ne donnant plus à voir que son enveloppe. Il est ailleurs et dans un
autre temps (rupture du « temps commun » de la
performance). Immobile, de profil, concentré sur sa recherche, il a
oublié le public. Le public, lui, reste silencieux, en attente,
l'image est forte de cet homme en train de lire, un peu de ce qu'il
vit passe..., ou un peu de son action (nous sommes vraiment dans la
Performance). Puis il a trouvé le passage, la lecture à voix haute
reprend... nous partageons à nouveau le même temps.
Le seconde partie est un
extrait du spectacle « Les vieilles carettes » (voir
article publié en août 2018). Si certains auteurs sont ceux qui
avaient été dits à Vassivière, de nouveaux viennent les
rejoindre : Raymond Queneau et Valérie Rouzeau notamment.
« élitaire et pomme de terre » et Jean-Pierre Verheggen
pointe le bout d'un poème.
Cette seconde partie ne
détonne pas avec la première bien que constituée par un spectacle
officiel, qui tourne avec une base presque fixée, tant chaque mot,
chaque passage, chaque phrase, chaque geste, a été étudié,
travaillé au calibre des enseignements pris dans les performances.
La seconde partie n'a que la couleur d'une « performance »,
elle est un chef d'oeuvre de composition (on sait l'excellence du
comédien dans ce type de rôle) et de minutie. C'est le minuscule
détail de la toile de Brueghel l'Ancien.
Comme toutes les
performances, cette soirée n'est pas reproductible.... Elle ne
pourra être qu'imitée.
lundi 1 octobre 2018
la voyageuse (critique)
Me voici à devoir parler de la
troisième soirée à laquelle j'ai assisté au festival Paroles de
conteurs de l'Ile de Vassivière.
C'est aussi celui qui me pose le plus
de problèmes et qui m'a le plus dérangée pendant sa
représentation. J'ai, à plusieurs moments, éprouvé l'envie de
partir, de m'échapper.
Une femme seule parle du cruel dilemme
qui l'écartèle : poursuivre une carrière d'écrivain qui
s'annonce bien ou s'occuper davantage de sa jeune enfant, qu'elle a
surnommée « Cappuccino ».
Elle évoque en parallèle les
événements de sa vie professionnelle qui l'appelle régulièrement
partout dans le monde et ses retours brefs, irréguliers dans son
petit appartement où elle retrouve sa fille. L'enfant qui est en
école primaire s'intéresse à sa mère peut-être plus que la mère
ne s'intéresse à la fille, toujours entre deux écritures, deux
lectures. Il y a pourtant de l'amour entre les deux et le souvenir de
l'amour que portait la mère à sa propre mère également écrivain.
Le spectacle est une illustration fidèle et bien observée de la
difficulté, voire l'impossibilité, des femmes à assumer à part
égale leur carrière et leur vie familiale. On ne demande pas aux
hommes de le faire, ou quand ils y sont contraints, on les montre
dans un film «fort », qui « dérange » , pour bien
faire comprendre les sacrifices que cela suppose et l'on s'apitoie
sur le « pauvre père ». Ici aussi la femme doit se
sacrifier pour la vie de sa fille.
La comédienne assume à elle seuls
tous les personnages : hommes, femme et enfant, s'adressant
tantôt au public dans un schéma narratif de type « conte »,
tantôt en jouant (théâtralement) simultanément les différents
protagonistes de la scène. C'est admirablement bien fait, une mise
en scène précise et juste, un jeu étudié et subtil.
D'où vient alors mon malaise ?
Mon impossibilité d’applaudir ? Mon refus d'empathie ?
On comprend très vite que Michèle
Nguyen parle d'elle, avec une barrière artistique si mince qu'elle
ne résiste pas. La souffrance de la comédienne est plus forte que
la souffrance du personnage. On imagine le nombre de séances chez le
psychologue qui ont permis aux mots d'être prononcés, aux
sentiments d'être assumés.
Que me demande-t-on en tant que
spectateur ? Un rôle neutre d'écoutant ? Un prise de
position (Oh la pauvre, quelle grandeur ! Quelle générosité !
) ? où est le conte ? (ce genre de représentation
s'apparente aux « récits de vie ») Il ne peut s'agir
d'une performance : trop travaillé, trop théâtralisé... Le
texte n'est pas essentiel. L'important est la douleur et le
déchirement, la mise en croix.
On pleure beaucoup sur scène et dans
la salle. Parce que l'émotion est palpable et communicative. Et les
dernières paroles sont « vous m'avez manqué »,
réunissant le réel et ce qui est sur le plateau.
Nous sommes sous un chapiteau pendant
un festival, on applaudit. Que feriez-vous si à la terrasse d'un
café une femme venait vous raconter les tourments qui l'agitent et
la culpabilité qui la déchire ?
Que dire de ce spectacle ? Si ce
n'est que je n'y vois ni théâtre, ni conte, ni performance.
mardi 4 septembre 2018
"les vieilles carrettes" Jacques Bonnaffé
Un homme, sans âge,
tirant une vieille « voiture à bras », lourde d'un passé
qui le résume et qu'il a un peu peur d'exhumer, malgré l'envie
qu'il affiche de la fouiller avec le public. Il a tout perdu.
Autrefois, avec d'autres à la limite de l'étrangeté, de la
différence, il était forain, marchand de contes, d'histoires,
de mots (les siens et ceux des autres). Cela, c'était avant la
grande catastrophe qui l'a mis sur la route avec son maigre bagage,
ramassis hétéroclite de vêtements, de déguisements, de musique,
de souvenirs qu'il inventorie avec les spectateurs, luttant contre la
fatalité et la malchance. Alors resurgissent ses souvenirs : le
Nord, sa langue, ses carnavals, ses bandes, ses héros du quotidien,
la vie de caravane avec les autres forains montreurs de curiosités...
Il convoque tous ceux qui ont contribué à son histoire, les
confondant au hasard de leur surgissement : Arthur Rimbaud,
Jules Mousseron, Jacques Darras, Lucien Suel, Charles Aznavour, Raoul
de Godsvarvelde, Dominique Sampiero, Jean-Pierre Verheggen. Il
explique, joue de la dérision, commente devant un public complice,
traduit quelques mots, entre rire et émotion, pousse une chanson
reprise en choeur par la salle, souffle quelques notes qui trouvent
un écho. Il se souvient d'amis avec des accents différents et des contes orientaux s'invitent dans le ciel du Nord, avec une parenté gouailleuse. Encore et encore il marche * à la musique de la carriole qui le suit,
comme un Gille au rythme de son apertintaille, dans la même
résignation. C'est drôle, émouvant, nostalgique sans sensiblerie.
* au festival de
Vassivière : Paroles de Conteurs, l’exiguïté du plateau
accentuait encore l'impression de fauve en cage, de prisonnier du
destin.
lundi 27 août 2018
Le conte d'aujourd'hui
Petit passage par le festival du conte "Paroles de conteurs" du lac de Vassivière dans le Limousin, Nouvelle Aquitaine.
Je ne suis restée que quelques jours au début du festival sur l'île de Vassivière dans le campement des contes, le village des contes.
Il vous faut imaginer de grandes tentes sur une immense prairie, un chapiteau de 300 places. Des espaces dédiés à la restauration, à la vente, aux échoppes,aux jeux pour les enfants, aux rencontres, à la détente, à la lecture, à la baignade ... des zones éphémères qui se créent pour un instant particulier ...
Des contes, il y en a pour tous les goûts, pour tous les âges, pour tous les publics...
On revoit les mêmes visages d'un spectacle à un autre, puis des têtes nouvelles
Visages éblouis devant des contes merveilleux, plus graves devant les contes de sagesse.
tous prêts à danser quand l'accordéon commente un conte tzigane.
Oreilles qui s'ouvrent parfois à la poésie comme lors de la visite performance d'une exposition.
Ce qui me pose question ce sont les spectacles du soir destinés à un public adulte, je n'ai pas dit "averti". J'ai assisté à 3 de ces spectacles. Vous avez sans doute remarqué que je n'ai pas dit "contes".
Les vieilles carrettes de Jacques Bonnaffé, [Sol] de Thomas Suel, et Voyageuse de Michèle Nguyen.
Je reviendrai davantage sur chacune de ces soirées.
Jacques Bonnaffé proposait un travail à partir de textes en rouchi, de chansons, d'anecdotes, de poèmes alliant le rire et l'émotion, passant de la confidence d'un personnage (imaginaire) aux textes d'auteurs, avec une interprétation très maîtrisée dans la spontanéité.
Thomas Suel présentait lui une performance à la fois plastique et orale qui évoque son enfance et sa vie actuelle, performance qui avait été ébauchée dans l'après-midi par une autre performance.
Quant au spectacle de Michèle Nguyen, il a l'ambiguïté d'une histoire qu'on sent vraie et autobiographique et les références d'une pièce de théâtre (metteur en scène nommé, jeu très construit)
Où est le conte dans cela ? Remonter à une étymologie du mot ?
Celui qui se donne comme le plus "construit" théâtralement et aussi celui qui donne le plus l'impression d'avoir échangé sa place de spectateur contre un poste de psychanalyste. Sensation dérangeante ...
A suivre
Je ne suis restée que quelques jours au début du festival sur l'île de Vassivière dans le campement des contes, le village des contes.
Il vous faut imaginer de grandes tentes sur une immense prairie, un chapiteau de 300 places. Des espaces dédiés à la restauration, à la vente, aux échoppes,aux jeux pour les enfants, aux rencontres, à la détente, à la lecture, à la baignade ... des zones éphémères qui se créent pour un instant particulier ...
Des contes, il y en a pour tous les goûts, pour tous les âges, pour tous les publics...
On revoit les mêmes visages d'un spectacle à un autre, puis des têtes nouvelles
Visages éblouis devant des contes merveilleux, plus graves devant les contes de sagesse.
tous prêts à danser quand l'accordéon commente un conte tzigane.
Oreilles qui s'ouvrent parfois à la poésie comme lors de la visite performance d'une exposition.
Ce qui me pose question ce sont les spectacles du soir destinés à un public adulte, je n'ai pas dit "averti". J'ai assisté à 3 de ces spectacles. Vous avez sans doute remarqué que je n'ai pas dit "contes".
Les vieilles carrettes de Jacques Bonnaffé, [Sol] de Thomas Suel, et Voyageuse de Michèle Nguyen.
Je reviendrai davantage sur chacune de ces soirées.
Jacques Bonnaffé proposait un travail à partir de textes en rouchi, de chansons, d'anecdotes, de poèmes alliant le rire et l'émotion, passant de la confidence d'un personnage (imaginaire) aux textes d'auteurs, avec une interprétation très maîtrisée dans la spontanéité.
Thomas Suel présentait lui une performance à la fois plastique et orale qui évoque son enfance et sa vie actuelle, performance qui avait été ébauchée dans l'après-midi par une autre performance.
Quant au spectacle de Michèle Nguyen, il a l'ambiguïté d'une histoire qu'on sent vraie et autobiographique et les références d'une pièce de théâtre (metteur en scène nommé, jeu très construit)
Où est le conte dans cela ? Remonter à une étymologie du mot ?
Celui qui se donne comme le plus "construit" théâtralement et aussi celui qui donne le plus l'impression d'avoir échangé sa place de spectateur contre un poste de psychanalyste. Sensation dérangeante ...
A suivre
samedi 30 juin 2018
Rando poésie Laurence Vielle Camille Perrin
Nous sommes quelques uns,
les premiers arrivés sous le chapiteau devant la médiathèque de
Cornimont. Un rando- poésie est organisée dans le cadre du festival
des Arts Mélangés.
Le soleil brille et
éclaire l'effilochement de vagues nuages. C'est le premier bonheur
de cette après-midi. La météo avait prévu un temps mitigé.
Les autres participants
arrivent, trouvent pour les derniers encore de la place. On se
poussera, on se serra, on a le cœur grand et les jambes qui
s'impatientent.. Nous serons pas loin de 70 à prendre le départ, il
y a même une dame qui marche mal en Joëlette.
La rando commence par une
montée un peu raide, on l'a annoncée comme telle. Mais finalement
l'enthousiasme la dévore ; Deuxième bonheur de la journée.
Nous arrivons presque en avance à la première station de poésie,
surprenant Laurence Vielle et Camille Perrin qui en sont encore aux
mises au point. Ils ne se connaissent que depuis quelques heures.
A l'arrière de la Croix
des Missions une pente douce accueille les spectateurs. Nous serons
assis à l'ombre, face à la vallée et aux sommets de l'autre côté.
Troisième bonheur de la journée.
Montée sur le socle sur
lequel s'appuie la croix, Laurence Vielle commence la lecture d'un
poème extrait de OUF, et de DOMO DI POEZZIA . Sur
le côté, Camille Perrin commence à faire chanter sa contrebasse.
Quatrième bonheur de la journée ? Non, celui-là n'est pas du
même ordre, il est de ces bonheurs qui relativisent les autres. Au
bord du vide, une comédienne à la voix si particulière nous
entraîne dans le tourbillon de la Terre, qui tourne autant que le
poème fait de retours sur lui-même, de reprises, de progressions et
de rebroussements. Juste à côté, une contrebasse danse en
martelant son rythme ou en prolongeant le vers d'une longue période.
Le texte suivant nous mène au bord du gouffre pareil à celui qui se
creuse de l'autre côté de Croix des Missions. Un homme au 22ème
étage regarde le vide, comme nous regardons le vide de la vallée et
les hauteurs qui la délimitent … Même vertige et même
aspiration. On se laisse porter par la voix qui anesthésie
l'inconfort de l'assise ou la fatigue des jambes. Quelques slogans de
mai 68 pour une chanson en chœur. Nous voilà prêts à repartir.
Pour continuer la magie. Mais c'est seuls que les deux artistes
quittent la station.
Pour
leur laisser le temps de s'installer plus loin, un guide local fait
une lecture de paysage, les monts qui servaient de décors prennent
un nom, une histoire.
Puis
la marche reprend, plus active parce qu'elle n'est que la transition
vers une nouvelle lecture, un nouveau temps de partage. Laurence
Vielle accueille les arrivants, les accompagne d'un petit texte qui
se prolonge pour le groupe suivant. Plus loin la contrebasse de
Camille Perrin rassemble les marcheurs autour de quelques arbres. On
s'assied à nouveau, sage troupeau parvenu à la source. Les textes
sont extraits cette fois de ISSINAKIMOURUPAÇAVÉKU
et de POESIE ART DE L'INSURRECTION. La magie opère à nouveau entre
les artistes, entre les artistes et le public. Nous sommes hors du
temps, et pourtant si présents dans la nature, dans l'écoute, dans
la communion et le partage. La voix et la contrebasse parlent et
dansent et nous nous abandonnons. Le dernier poème est une remise en
route, au fur et à mesure du texte les marcheurs se redressent et
reprennent le mouvement quittant le texte qui s'effiloche dans le
lointain. On parle désormais de ce qu'on a entendu, de ce qu'on a
ressenti, de ce qu'on va entendre. La marche n'est plus qu'attente,
mouvement vers le futur rassemblement. Une descente un peu raide, une
route à traverser à 70 en même temps, pas de problème, le groupe
est soudé par ce qu'il vient de vivre. C'est aussi cela la magie. 70
personnes qui ne se connaissent pas unis et solidaires en si peu de
temps.
La
troisième station se trouve dans la vallée, presque déjà dans la
ville. La lecture porte sur le dernier livre de Laurence Vielle
ANCETRES. Toujours
cette même magie et cette prodigieuse entente entre le musicien et
l'actrice, entre le voix et l'instrument qui se soutiennent, se
prolongent, se complètent, se précèdent.
Une
dernière marche pour le dernier rassemblement sous le chapiteau. La
boucle est finie. Le temps est maintenant aux échanges, au dédicaces
(un dessin et une petite phrase) dans la modestie et la générosité,
un besoin de se revoir....
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