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mardi 5 avril 2016

vive la MACIF vive la MACIF

Je suis désolée. Mon litige avec la MACIF prend une mesure juridique. Mon avocat m'a demandé de retirer ces textes qui vont servir pour le dossier....

mercredi 30 mars 2016

10 mots pour la langue française 2

Quand le bus m'avait posé rue Berri, je m'étais retrouvé au milieu d'une telle poudrerie que mon moral était à peu près à la hauteur de mes chaussettes et aussi détrempé qu'elles. Un mur ! Un mur de neige ! On n'y voyait pas à 10 mètres. Et soudain l'espoir : une lumerotte dans la nuit. Une bonne étoile (décidément, je me retrouvais avec mes Rois mages... maudite neige, pour un peu je n'aurais pas été surpris d'être renversé par le traîneau du Père Noël...). Finalement ce n'était pas l'étoile des bergers, mais l'enseigne d'un dépanneur...Vite, un ristrette qui me rendrait un peu plus vigousse.

Aimable, le dépanneur m'avait servi un accent qui sentait le sirop d'érable, deux mots de compassion et une eau marron claire, dans un grand gobelet de carton. (il avait mis du lait..). C'était chaud, sucré, ça devait être du café... Ah, l'expresso, place saint Marc, au soleil, l'été dernier, avec Audrey ....

Il avait tout le temps le dépanneur, pour me parler : personne n'osait s'aventurer dans ce coin. La vie, elle était bien tapie à l'abri dans la ville souterraine...

Soudain, mon téléphone sonne...
-Allo, Jean-Rock ?

Il est coincé quelque part, je ne comprends pas où, mais je sens que c'est loin, surtout quand on a aux pieds des mocassins en simili cuir et un simple blouson sur le dos. Il me conseille de rester à l'aéroport. Ils sont équipés pour des cas comme ça. Ils vont certainement ouvrir une salle et donner des couvertures. On se verra demain, à la télé ils annoncent une accalmie.
Le dépanneur me sourit. Il me propose de me garder dans la boutique pour la nuit, il ne ferme jamais et se tait encore moins...
Il va falloir l'écouter des heures et boire son eau chaude.

Décidément, maintenant pour les reportages : uniquement les élections de miss et les salons du vin et pas plus loin que la Garenne-Colombe....

Et ne pas imaginer la tête d'Arnaud et des collègues....


10 mots pour la langue française 1

Fada ! J'étais complètement fada d'avoir accepté ce reportage à Montréal ! Quand, Arnaud, le directeur de l'info, avait balancé pendant la réunion :« Il me faudrait un dossier sur les français au Québec », j'avais levé la main comme un seul homme. J'étais le seul d'ailleurs et j'avais cru voir derrière la mine soudain chafouine de mes collègues le soulagement face à une corvée esquivée.

Il tombait, à mon arrivée à Roissy, une des plus belles draches de mon existence. Ma grand-mère disait toujours quand il drache à bouton, on en a pour trois jours. Vu la taille des boutons, on en avait bien pour la semaine. Finalement, j'étais content de ne pas devoir affronter cet épisode cévenol qui s'était trompé de région.
Il y avait eu du retard au décollage. Normal ! Quand il n'y a pas grève...

Content je l'étais beaucoup moins au moment où l'avion s'est posé à Pierre-Elliot Trudeau. Pas de boutons ici, mais une magnifique averse de neige, digne de figurer dans les guides touristiques. Montréal fêtait à sa façon l'arrivée d'un petit français. Mais d'autres semblaient plus mal lotis. Trois grands Africains attendaient à côté de moi au retour des valises. Qu'est-ce qu'ils faisaient ici ?... Je les aurais mieux imaginer guettant un tap-tap sur une route poudreuse écrasée de soleil. Ici on aurait pu les prendre pour les Rois Mages. Un peu en avance en novembre, mais le temps forçait la ressemblance. Leurs valises récupérées, l'un deux sortit un smartphone dernier modèle. Le mouvement avait dégagé son bras et m'avait montré une gourmette en or massif dont la revente m'aurait permis d'acheter un 4x4 avec sièges chauffants.... Il avait donné un ordre dans un anglais impeccable puis ils s'étaient dirigés vers un restaurant. Mais quelle idée j'avais eue de prendre ce reportage ! Il devait bien y avoir un autre sujet : une élection de miss, un salon du vin....


Je ne suis pas un champagné, donc pas de domestique obéissant au moindre appel. Direction la gare routière. Un SMS à mon contact, Jean-Rock, en attendant. Faire juste attention à ne pas se geler les doigts. Le bus heureusement était arrivé assez vite et il était chauffé. Où j'allais ? Jean-Rock m'avait donné rendez-vous au jardin botanique. Mais c'était dans une autre vie, où je n'arrivais ni la nuit, ni dans une tempête de neige. Sympa, le chauffeur m'avait rassuré, il y avait des correspondances et à cette heure il y aurait encore quelqu'un pour me renseigner.

lundi 7 mars 2016

Laurence Vielle (poétesse et performeuse)

Je voudrais aujourd'hui vous parler de Laurence Vielle. C'est une artiste complète : comédienne, chanteuse, diseuse, auteure, poétesse..... Elle est incontournable de la scène d'auteurs, de la scène de textes ….J'avais déjà évoqué son nom dans un précédent article.
Je vais lui consacrer un premier article (sur l'écrivain) un autre suivra dans les mois à venir sur la performeuse.
Laurence Vielle est Belge. Et ce n'est pas une maladie. J'ai l'impression que l'écriture la plus intéressante en ce moment s'ancre dans le Nord de la France et la Belgique. Il y a une véritable interrogation sur la langue, sur le sens premier des mots, une volonté de retrouver une identité linguistique chez les écrivains septentrionaux.
Les textes de Laurence Vielle se caractérisent surtout par leur fluidité, leur musicalité, leur rythme. On sent à tout moment un appel à la mise en voix, à la mise en jeu. Les histoires sont simples, faciles tout en atteignant souvent une profondeur tragique. Elle dit la solitude, l'étrangeté sous le regard des autres, la dérive de la société, des êtres, des choses. Un clochard, Gaston, qui change sans cesse de nom pour attirer le regard et le contact, des personnages sur le parvis d'une église, les animaux menacés, la solitude dans les grands ensembles, la violence de l'amour, la vie qui passe.
Laurence Vielle a souvent eu des résidences dans des quartiers excentrés et elle puise sa sensibilité dans le côtoiement des gens de la rue. Elle rend leur quotidien avec une langue qui est aussi simple et spontanée qu'eux. On a l'impression qu'elle pourrait donner une biographie exacte de chacun de ceux qu'elle met en lumière dans ses poèmes. Est-ce une impression ?
Tout cela pourrait être très noir … Justement non !
La musique de chaque poème peut brusquement déjouer le tragique pour vous atteindre plus sûrement. Comme l'histoire de ce clown qui avait un gros nez. Histoire de la différence , du droit au bonheur pour tous, de la nécessité de cacher la monstruosité pour subsister dans le monde.... Tragique, non pas vraiment. Une petite ritournelle vient vous faire croire que ce n'est qu'une chansonnette.
C'est peut-être là la caractéristique des textes de Laurence Vielle : le double jeu et le double langage. Jean qui rit et Jean qui pleure et les lecteurs qui peuvent cacher leur émotion dans un sourire, un rire protecteurs...
Je ne sais si je devais définir en peu de mots les qualités de la poésie de Laurence Vielle s'il faut parler de musique, de chanson, d'ingénuité - le mot est souvent hélas connoté péjorativement - ou de tendresse pour ses personnages. 


A lire :


Ouf (éditions Maelstrom)
Bonjour Gaston (éditions Maelstrom)
Récrétation du monde (éditions Maelstrom)


Cirque ! (éditions du Centre de Créations pour l'Enfance de Tinqueux)

dimanche 21 février 2016

Jean-Louis de Bois d'Eghien

Un texte écrit il y a un an ou deux. Je fréquentais régulièrement à ce moment-là des médecins de MSF. J'étais fascinée par leur dévouement, leur prise de risques. Un jour j'ai rencontré un des membres de l'association, un peu à l'écart des autres. j'ai vite compris pourquoi... Voici son portrait, sous un faux nom... de quoi se souvenir qu'on peut voir un film sur le scandale ZOE. 



Il s'appelle Jean-Louis. Il travaille à Bois d'Enghien. Il s'appelle Jean-Louis Bernard et il est infirmier à Bois d'Enghien. Il aurait voulu être docteur, professeur même, spécialiste en … peu importe, du moment qu'il était spécialiste. Sa famille est riche, il a toujours été habitué à être servi, écouté, obéi. Son argent ne vient pas de son activité. Il lui reste quelques terres sur lesquelles s'épuisent des fermiers et quelques appartements loués à ds gens au sommeil conciliant. Son salaire passe exclusivement en impôts. Il est comme Monsieur Prud'homme, pardon, il le double, il le cube. Il a découvert récemment l'humanitaire et le dévouement. Il part plusieurs mois par an dans des contrées plus caraïbes, plus édéniques que Bois d'Enghien. Là-as des voix défavorisées l'appellent docteur, et des ignorances pitoyables se courbent sur ses Méphisto.
Modestement, il demande, en tendant ses mains aux gratitudes, qu'on l'appelle simplement Docteur de Bois d'Enghien.  

vendredi 19 février 2016

le théâtre du texte en 2016

Les articles que j'ai postés sur ce blog récemment évoquent des spectacles assez anciens, pour certains très ancrés dans le contexte de la représentation théâtrale.
Aujourd'hui j'ai l'occasion de voir beaucoup de spectacles de ce type, parfois répondant aux critères que j'ai mis en évidence dans ma recherche, parfois totalement éloignés. Certains sont justes et trouvent leur public, d'autres restent confidentiels, d'autres encore n'osent pas abattre le quatrième mur pour s'ancrer dans la performance.
Je vous parlerai plus dans les temps à venir de Laurence Vielle, de David Gianonni, de Pierre Soletti, de Serge Pey, de Julien Blaine ... pour ne citer que ceux qui me semblent les plus intéressants.
J'ai déjà eu l'occasion d'aborder la lecture de Frédérick Houdaer...
Si vous avez l'occasion de pouvoir les voir "pour de vrai", c'est une expérience à ne pas manquer...

recherche le théâtre du texte (3)

Cet article est la suite de deux autres parus précédemment. Le propos est de voir dans quelle mesure un spectacle basé uniquement sur la transmission d'un texte non narratif, non dramatique peut constituer une forme de théâtre, dans quelle mesure,il relève de la théâtralité. 

Le quatrième spectacle est un  « juke-box » organisé par David Lescot, toujours pour un « samedi de la Comédie », en mai 2009, en parallèle à une série de représentations de L'Européenne. Les parcipants s'étaient répartis pour l'après-midi en deux groupes (comme pour le spectacle « les Yeux bandés »), l'un avait mis en jeu quelques passages de la pièce, l'autre avait écrit sous la conduite de David Lescot une scène de rencontre ou de rupture avec pour contrainte un décompte syllabique. Après la pause destinée à synchroniser les deux groupes autour d'une boisson et de petits gâteaux locaux, chacun s'était dirigé, tasse ou verre à la main, au milieu des conversations curieuses de ce que les autres avaient fait, vers le « BAR de la Comédie », un lieu légèrement en sous-sol. Fauteuils club, tables et chaises contemporaines à déplacer selon l'instinct de l'occupant, tabourets haut perchés devant le comptoir. Eclairage artificiel diffus et en fond un mur courbe, aux vitres donnant sur le jardin de l'Arboretum. David Lescot s'est installé à proximité de cette lumière naturelle, place imposée aussi par la présence de prises électriques pour une guitare également électrique. Les participants ne pouvaient le voir qu'à contre-jour. Il a exposé le principe de l'intervention qu'il allait faire. Une personne du public lançait un mot, une idée, un stimulus. David Lescot associait le mot à l'un des textes qu'il avait apportés, essentiellement son répertoire d'auteur. Il situait l'extrait, puis le lisait, demandait ensuite à l'ensemble du public s'il était satisfait de sa « réponse » et justifiait le choix qu'il avait fait. Il a ainsi lu des extraits de L'augmentation, Théâtre à la campagne, L'instrument à pression, et d'autres textes moins connus ou inédits, chanté une des chansons de Commission Centrale de l'Enfance, joué un air à la trompette, mais il a résolument évité, malgré les tentatives des quémandeurs, de donner à entendre un extrait de L'Européenne qui se jouait le soir-même.


Enfin le cinquième et dernier spectacle qui constituera mon corpus, est un « bal littéraire » qui a été donné place Saint-Sulpice, dans le cadre de la « Foire au Théâtre », en mai 2010. Il avait été organisé par le collectif qui s'était formé autour de Fabrice Melquiot à la Comédie de Reims, collectif qui a émigré au Théâtre de la Ville « La coopérative d'écriture ». Cinq auteurs - Fabrice Melquiot, Samuel Gallet, Rémi de Vos, Yves Nilly et Nathalie Fillion – y participaient. Ils avaient écrit dans l'après-midi dix passages scénarisés constituant l'introduction de dix chansons (la plupart en anglais) destinées à faire danser les participants. Les cinq auteurs devenus acteurs de leur texte se tenaient derrière des micros, sur une estrade, feuille à la main, lançant les parties chantées sur un ordinateur portable, tandis que le public se rassemblait sur une piste de danse ménagée devant, piste de danse qui s'avéra assez vite trop exiguë. Entre deux danses, on s'asseyait où l'on pouvait, souvent à même le sol, et les non-danseurs se trouvaient couverts de sacs et de manteaux dès qu'il fallait occuper en mouvement l'aire de danse. Le texte assez incohérent et confus mêlait les micro-événements survenus l'après-midi (le passage de Catherine Deneuve), les lieux (le chantier autour de l'église), le contexte (une troupe de théâtre amateur cherchait un texte contemporain), des personnages d’événements politiques lus dans un journal (une révolte en Thaïlande). Je n'avais pas choisi ce spectacle au départ de mes recherches. Mais les découvertes que j'y ai faites me semblant ouvrir des pistes autres et conforter certaines de mes spéculations, je l'ai préféré à un spectacle de Claude Guerre à la Maison de la Poésie (qui faisait un peu double emploi avec celui de Maxime Dejoux).
On pourra me reprocher de ne pas avoir consacré une partie de mes recherches aux banquets littéraires. J'en suis tout à fait consciente. J'ai assisté, il y a trop longtemps pour que je puisse m'y référer, à deux banquets, inspirés du Moyen Age organisés à la Comédie de Reims et dont je garde surtout des souvenirs gustatifs. J'ai eu l'occasion de faire un stage sur cet exercice difficile et j'ai participé, en tant que comédienne, à quelques banquets bien modestes, en milieu rural. Il me semble que je suis à la fois trop concernée et trop distante pour procéder à une analyse objective. Je crois cependant que des ressemblances existent avec les spectacles que j'évoque dans ce corpus. Il pourrait s'avérer intéressant de consacrer aux « banquets littéraires » une étude spécifique.