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mardi 26 mars 2019

la beauté : finir le printemps en B


Et vive la beauté

Refrain

Et vive la beauté dé dé dé démesurée
à bas les corps for for for matés
à bas l'académisme de la beauté
la beauté sté sté sté stéréotypée

1
Vive les genoux qui dérapent et les jambes qui boitent
faites défiler la perfection de vos imperfections
ne soyez pas une star soyez une galaxie
ne soyez pas la miss univers
soyez la miss terre la miss astrale
ayez les pieds trop longs
ne râpez pas votre menton ne limez pas vos hanches
que vivent les tout petits petons et les grands nez mirlitons
explorez les capacités insensées de votre corps animal
vive les ventres ronds
laissez respirer vos formes et vos narines
ouvrez vos pavillons
jouez des globes dans les sens pagaillez vos cheveux
claquez de la langue et salivez vos postillons.

2

Laissez flotter les poils de votre dos comme une cape de Zorro
mettez des rubans dorés sur vos rondeurs
qu'ils soient petits vos lolos ou gros vos nichons
de toutes façons que vivent vos mamelles
et vos dents en avant qu'elles claquent dans le vent
et vos bouches de travers laissez-y entrer l'air
ne camouflez pas vos imperfections elles sont votre respiration
et d'ailleurs il n'y a pas pas pas pas d'imperfections
Toute votre épopée danse danse danse et modèle votre peau.

Laurence Vielle

Ré – création du Monde


lundi 18 mars 2019

Où vont les robes la nuit ? (Dominique Sampiero)


Le silence de la nuit qui commence . Lecture du soir. Rendez-vous avec l'écriture. Une pile de livres : les obligés, les coups de cœur, les arrivés là on ne sait pas comment ni pourquoi. Deux gagnent la bataille et sur la ligne finale n'arrivent pas à se départager. Parier sur leur envie de s'affronter.
L'anthologie Beauté éphéméride pour chanter la vie préparée par Bruno Doucey et Thierry Renard
Où vont les robes la nuit ? De Dominique Sampiero
Le premier est une somme, l'autre un de ces opuscules qu'il faut dénicher dans les rayons des libraires que ne savent le classer : roman, nouvelle, poésie ou récit de vie .
S'attaquer d'abord à la somme, y picorer. Des pages pleines d'une écriture dense, parfois une rupture qui veut donner la photographie d'une poésie. Des auteurs que je connais, d'autres dont j'ai déjà lu des textes... Pas de souffle, pas de rythme. C'est un travail colossal, impressionnant. Le livre me tombe des mains, énorme et pléthorique. Les textes à ne savoir que faire, des textes à ne savoir qu'en faire.. Les lire ? À haute voix ? Pour soi ? Pour les autres ? Les piller pour tromper l'appétit de l'ogre poésie qui gronde depuis qu'il a vu la pile de livres. Abandon.
Je prends le livre de Dominique Sampiero. Livre fragile et quasi impondérable comme l'écriture qu'il enlace. De petits textes, justifiés, qui occupent le milieu de la page sur quelques lignes. Un, puis l'autre, et le livre me tombe des mains. Fulgurance de la poésie. Elle est là, dans les mots, les réticences, les images, les rythmes. Est-elle forme ou contenu ? Forme, je crois, forme (forma en latin désigne la Beauté) Elle dévore et explose, vous dérange. Plus en 3 lignes qu'en un long texte. Cette poésie, sans s'en donner l'air, vous foudroie. La beauté d'une fleur, la blessure d'une fleur. La beauté a-t-elle résolument fui les parcours officiel, balisé, labellisé ? Elle est là insolente d'ingénuité, de simplicité, d'humilité, de pudeur. Sa voix sort de l'écriture, la double, la remplace. Le thème est noir, triste, même s'il ne s'avoue pas directement, se faufile, se confie autant qu'il se défie. Mais l'écriture est lumineuse. Elle s'installe en vous, vous appelle d'une page à l'autre. Je repose sur la pile l'anthologie colossale qui a réussi à canaliser et à définir la Beauté. L'autre livre, où vont les robes la nuit ?, m'accapare, je le lis, le relis, à l'endroit, à rebours. Je vis ma nuit en parallèle de la nuit félonne de 14 février qu'il transcrit. Abîme. La poésie est abîme qui nous conduit au secret de nous-mêmes.

mercredi 13 mars 2019

La beauté, la suite... Printemps, Printemps des Poètes oblige

Allez, on continue sur le Printemps des Poètes :  La Beauté....


VÉNUS ANADYOMÈNE


Comme d’un cercueil vert en fer-blanc, une tête
De femme à cheveux bruns fortement pommadés
D’une vieille baignoire émerge, lente et bête,
Montrant des déficits assez mal ravaudés ;

Puis le col gras et gris, les larges omoplates
Qui saillent ; le dos court qui rentre et qui ressort.
— La graisse sous la peau paraît en feuilles plates ;
Et les rondeurs des reins semblent prendre l’essor…

L’échine est un peu rouge, et le tout sent un goût
Horrible étrangement, — on remarque surtout
Des singularités qu’il faut voir à la loupe…

Les reins portent deux mots gravés : Clara Vénus ;
— Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
Belle hideusement d’un ulcère à l’anus.

Arthur Rimbaud


Printemps des Poètes la suite....


Pour continuer sur le Printemps des Poètes 2019 La Beauté, voici un des textes retenus... 


A CHAROGNE

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux :
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,
Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.
Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;
Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s'épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l'herbe
Vous crûtes vous évanouir.
Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D'où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.
Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s'élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
Vivait en se multipliant.
Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l'eau courante et le vent,
Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.
Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
Seulement par le souvenir.
Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d'un œil fâché,
Épiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu'elle avait lâché.
Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
À cette horrible infection,
Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !
Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.
Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposés !


Charles Baudelaire


mardi 12 mars 2019

Printemps de poètes 2019 la beauté ???

Voici un autre texte pour mon anthologie ...

De François Morel


Paroles de la chanson Striptease par François Morel



Quand sur le parquet de chez moi 
Tu abandonnes 
Ton manteau ta jupe tes bas 
Je déraisonne 
Quand tu ôtes tous tes bijoux 
Je crie youpi 
On me confond avec le loup de Tex Avery 
Quand tu déchausses tes lunettes 
D'un air coquin 
Je pourrais fumer la moquette 
Et les coussins 
Quand tu enlèves ton chemisier 
J'échoue je sue 
Quand tu dégrafes ton bustier 
Je n'en peux plus 


Chaud 
C'est chaud ton numéro 
Ton intégral striptease 
Détrempe ma chemise 

Quand tu retires ta perruque 
Élégamment 
Ça me fait tout un tas de trucs 
Au subconscient 
Quand tu déposes ton dentier 
Dans un verre d'eau 
Je deviens tout émoustillé 
Presque histéro 

Chaud 
C'est chaud ton numéro 
Ton intégral striptease 
Détrempe ma chemise 


Quand tu quittes ton oeil de verre 
Lascivement 
J'ai le palpitant qui accélère 
Qui me chauffe les sangs 
Quand tu dévisses ta jambe de bois 
Et tes prothèses 
C'est comme si j'avais la foi 
De sainte Thérèse 

Chaud 
C'est chaud ton numéro 
Ton intégral striptease 
Détrempe ma chemise 

Chaud 
C'est chaud ton numéro 
Ton striptease intégral 

Est vraiment intégral

samedi 16 février 2019

La beauté Printemps des Poètes 2019

Voici un texte de mon anthologie personnelle pour Printemps des Poètes

ET vive la Beauté

Refrain

Et vive la beauté dé dé dé démesurée
à bas les corps for for for matés
à bas l'académisme de la beauté
la beauté sté sté sté stéréotypée

1
Vive les genoux qui dérapent et les jambes qui boitent
Faites défiler la perfection de vos imperfections
ne soyez pas la miss univers
soyez la miss terre la miss astrale
ayez les pieds trop longs
ne rapez pas votre menton ne limez pas vos hanches
que vivent les tout petis petons et ls grands nez mirlitons
explorez les cavités insensées de votre corps animal
vive les ventres ronds
laissez respirer vos formes et vos narines
ouvrez vos pavillons
jouez des globes dans tous les sens pagaillez vos cheveux
claquez de la langue et salivez vos postillons

2
Laissez flotter les polis e votre dos comme une cape de Zorro
mettez des rubans dorés sur vos rondeurs
qu'ls soient petits vos lolos ou gros vos nichons
de toutes façons que vivent vos mamelles
et vos dents en avant qu'elles claquent dans le vent
et vos bouches de travers laissez-y entrer l'air
ne camouflez pas vos imperfections elles sont votre respiration
et d'ailleurs il n'y a pas pas pas pas d'imperfections
Toute votre épopée danse danse et modèle votre peau

Laurence Vielle  Récréation du Monde Bookleg n° 27 editions Maelström Bruxelles  

Après sa mort on peut devenir parrain du Printemps des Poètes


Voici le document dont se sert Le Printemps des Poètes pour la communication  de ses événements. 
Pour ceux qui ne reconnaîtrait pas l'image: il s'agit à la base d'une photo de Gérard Philipe. 
Le tableau est une oeuvre de Gérard Fromanger qui porte le titre "Gérard Philipe dans le Prince de Hombourg". 
Pour ceux d'entre vous qui ne connaîtraient pas Gérard Philipe, il s'agit d'un des comédiens les plus populaires de la fin des années 40 et des années 50. Il était né en 1922 et est mort en 1959 (il y a 60 ans). Il n'avait que 36 ans, il est mort 15 jours avant ses 37 ans. Pour toute une génération, il symbolisa la jeunesse qui échappait de la guerre et rêvait de construire un monde nouveau. Il symbolisa la jeunesse simplement parce qu'il ne connut jamais la vieillesse. Il symbolisa aussi la beauté parce qu'il était correspondait aux critères de l'idéal masculin à cette époque et parce qu'il avait joué dans  "la beauté du diable" où il incarnait Méphistophélès et le jeune Faust. Incarnation de la beauté et de la jeunesse, il devint vite un des plus grand nom du théâtre et du cinéma. Il contribua à la réussite du Festival d'Avignon. Mais il fut aussi un des comédiens qui révolution le jeu théâtral en imposant le naturel dans la déclamation, il fut engagé politiquement, et présida un temps le syndicat des acteurs français,  il fit découvrir en France des écrivains engagés. Passionné de poésie, il fit connaître au grand public Henri Pichette notamment, en portant un de ses textes sur la scène, avec Maria Casarès. 
Il fut l'idole des plusieurs générations et pour de nombreuses personnes, cette image est mythique et reconnaissable entre toutes : La mort du prince de Hombourg. 
La voir apparaître comme symbole d'un printemps des poètes qui renoue avec la mièvrerie et le misérabilisme émotionnel est profondément choquant. Il s'agit d'une manœuvre pour cautionner par la référence à un mythe du théâtre des propos contre lesquels il se serait insurgé. Les manuscrits qu'il a laissés permettent d'imaginer que la suite de la carrière qu'il envisageait allait vers la difficulté, la politique, l'analyse humaine... le choix de Ripois ou de Valmont dans ses derniers films confirment cette intention.
Comment l'imaginer garant d'un Printemps des Poètes qui a perdu sa vigueur.
Le seul avantage, c'est qu'on ne risque pas en choisissant Gérard Philipe de le voir venir un scandale le jour de l'inauguration officielle...A moins et ce serait drôle : le long spectre blanc du Prince de Hombourg venant jouer Hamlet .. "Il ya quelque chose de pourri dans le royaume de Danemark"... 


lundi 22 octobre 2018

areleve-re, brave soldat


Une petite ville de la banlieue de Douai, Cuincy, et un soirée de mi-octobre, une date parmi d'autres dans le calendrier des commémorations de l'Armistice de 1918. Pourquoi en parler, parce que cette petite ville s'est offert la présence d'un comédien connu en lui laissant carte blanche. La salle est comble. Le comédien est Jacques Bonnaffé. Nous sommes dans le Nord et il pédale local... Un spectacle d'un peu plus de 2 heures terminé par une Ovation debout.
Après une présentation par une élue qui met en parallèle, les récompenses du comédien, son rôle de chroniqueur en poésie sur France Culture et ses choix qui l'éloignent d'une politique carriériste, la soirée « areleve-te, brave soldat » peut vraiment commencer.
Le spectacle se divise en deux parties qu'un faux entracte improvisé délimitera.
Le première partie se passe en bas de la scène éclairée qui donne à voir un décor et les accessoires d'une autre pièce.
Jacques Bonnaffé, assis à un bureau, manipule son ordinateur pour faire entendre des textes enregistrés accessibles sur le site Cafougnette. Des extraits d'un ouvrage de Jules Mousseron « les Boches en pays noir », texte qui avait déjà été présenté à l'auditorium du Centre historique minier de Lewarde au moment de sa diffusion sur CD. Jacques Bonnaffé est, je pense, le seul comédien à passer un enregistrement alors qu'il est présent, alors qu'il pourrait lire le texte. Il en profite pour commenter, traduire quelques expressions, reprendre une phrase. C'est contraire à toute règle consensuelle de représentation et pourtant ça fonctionne. Le public en redemande. Une petite anicroche dans la manipulation, un ennui technique, il y va d'une plaisanterie. Le ton est donné nous sommes dans la performance. Je ne parle pas du show ou du récital, mais de la performance du texte, au sens théâtral.
Les auteurs sont là : Mousseron, bien sûr, Genevoix, Aragon, Darras... « Elitaire et pomme de terre », comme l'annonce la devise qu'il s'est forgée. Les guerres aussi se mélangent : 14-18 (avec déjà l'annonce de la réconciliation de 1963, « aujourd'hui on ne dit plus Boche »), 39 45 (avec la bataille de Dunkerque) et toutes les guerres qui de nos jours encore poussent les populations sur les routes. Un poème de Mousseron parle de l'exil forcé de la 1ère guerre mondiale, on pense au cortège de « En mai fait ce qui te plaît », 20 ans plus tard et aux migrants plus récents. On pense au film « Dunkerque ». Jacques Bonnaffé prend d'ailleurs soin de rappeler les dates, de montrer leur peu de distance. Les textes sont noirs, denses, solides, prégnants mais il trouve toujours un moyen pour les détourner quelques secondes, en trébuchant sur une phrase, en commentant « Genevoix ne m'aide pas dans sa transcription du chtimi... ». Martin, un personnage de Ceux de 14 rejoint Cafougnette. Ils sont du Nord, et encore plus frères de ceux qui écoutent.
Jacques Bonnaffé prône la supériorité des mots sur les images et c'est pourtant son image qui soutient la lecture, vient relancer l'écoute... C'est flagrant quand, parti à la recherche d'un passage dans un livre, il se tait, ne donnant plus à voir que son enveloppe. Il est ailleurs et dans un autre temps (rupture du « temps commun » de la performance). Immobile, de profil, concentré sur sa recherche, il a oublié le public. Le public, lui, reste silencieux, en attente, l'image est forte de cet homme en train de lire, un peu de ce qu'il vit passe..., ou un peu de son action (nous sommes vraiment dans la Performance). Puis il a trouvé le passage, la lecture à voix haute reprend... nous partageons à nouveau le même temps.
Le seconde partie est un extrait du spectacle « Les vieilles carettes » (voir article publié en août 2018). Si certains auteurs sont ceux qui avaient été dits à Vassivière, de nouveaux viennent les rejoindre : Raymond Queneau et Valérie Rouzeau notamment. « élitaire et pomme de terre » et Jean-Pierre Verheggen pointe le bout d'un poème.
Cette seconde partie ne détonne pas avec la première bien que constituée par un spectacle officiel, qui tourne avec une base presque fixée, tant chaque mot, chaque passage, chaque phrase, chaque geste, a été étudié, travaillé au calibre des enseignements pris dans les performances. La seconde partie n'a que la couleur d'une « performance », elle est un chef d'oeuvre de composition (on sait l'excellence du comédien dans ce type de rôle) et de minutie. C'est le minuscule détail de la toile de Brueghel l'Ancien.
Comme toutes les performances, cette soirée n'est pas reproductible.... Elle ne pourra être qu'imitée.

lundi 1 octobre 2018

la voyageuse (critique)


Me voici à devoir parler de la troisième soirée à laquelle j'ai assisté au festival Paroles de conteurs de l'Ile de Vassivière.
C'est aussi celui qui me pose le plus de problèmes et qui m'a le plus dérangée pendant sa représentation. J'ai, à plusieurs moments, éprouvé l'envie de partir, de m'échapper.

Une femme seule parle du cruel dilemme qui l'écartèle : poursuivre une carrière d'écrivain qui s'annonce bien ou s'occuper davantage de sa jeune enfant, qu'elle a surnommée «  Cappuccino ».
Elle évoque en parallèle les événements de sa vie professionnelle qui l'appelle régulièrement partout dans le monde et ses retours brefs, irréguliers dans son petit appartement où elle retrouve sa fille. L'enfant qui est en école primaire s'intéresse à sa mère peut-être plus que la mère ne s'intéresse à la fille, toujours entre deux écritures, deux lectures. Il y a pourtant de l'amour entre les deux et le souvenir de l'amour que portait la mère à sa propre mère également écrivain. Le spectacle est une illustration fidèle et bien observée de la difficulté, voire l'impossibilité, des femmes à assumer à part égale leur carrière et leur vie familiale. On ne demande pas aux hommes de le faire, ou quand ils y sont contraints, on les montre dans un film «fort », qui « dérange » , pour bien faire comprendre les sacrifices que cela suppose et l'on s'apitoie sur le « pauvre père ». Ici aussi la femme doit se sacrifier pour la vie de sa fille.
La comédienne assume à elle seuls tous les personnages : hommes, femme et enfant, s'adressant tantôt au public dans un schéma narratif de type « conte », tantôt en jouant (théâtralement) simultanément les différents protagonistes de la scène. C'est admirablement bien fait, une mise en scène précise et juste, un jeu étudié et subtil.
D'où vient alors mon malaise ? Mon impossibilité d’applaudir ? Mon refus d'empathie ?
On comprend très vite que Michèle Nguyen parle d'elle, avec une barrière artistique si mince qu'elle ne résiste pas. La souffrance de la comédienne est plus forte que la souffrance du personnage. On imagine le nombre de séances chez le psychologue qui ont permis aux mots d'être prononcés, aux sentiments d'être assumés.
Que me demande-t-on en tant que spectateur ? Un rôle neutre d'écoutant ? Un prise de position (Oh la pauvre, quelle grandeur ! Quelle générosité ! ) ? où est le conte ? (ce genre de représentation s'apparente aux « récits de vie ») Il ne peut s'agir d'une performance : trop travaillé, trop théâtralisé... Le texte n'est pas essentiel. L'important est la douleur et le déchirement, la mise en croix.
On pleure beaucoup sur scène et dans la salle. Parce que l'émotion est palpable et communicative. Et les dernières paroles sont « vous m'avez manqué », réunissant le réel et ce qui est sur le plateau.

Nous sommes sous un chapiteau pendant un festival, on applaudit. Que feriez-vous si à la terrasse d'un café une femme venait vous raconter les tourments qui l'agitent et la culpabilité qui la déchire ?
Que dire de ce spectacle ? Si ce n'est que je n'y vois ni théâtre, ni conte, ni performance.

mardi 4 septembre 2018

"les vieilles carrettes" Jacques Bonnaffé


Un homme, sans âge, tirant une vieille « voiture à bras », lourde d'un passé qui le résume et qu'il a un peu peur d'exhumer, malgré l'envie qu'il affiche de la fouiller avec le public. Il a tout perdu. Autrefois, avec d'autres à la limite de l'étrangeté, de la différence,  il était forain, marchand de contes, d'histoires, de mots (les siens et ceux des autres). Cela, c'était avant la grande catastrophe qui l'a mis sur la route avec son maigre bagage, ramassis hétéroclite de vêtements, de déguisements, de musique, de souvenirs qu'il inventorie avec les spectateurs, luttant contre la fatalité et la malchance. Alors resurgissent ses souvenirs : le Nord, sa langue, ses carnavals, ses bandes, ses héros du quotidien, la vie de caravane avec les autres forains montreurs de curiosités... Il convoque tous ceux qui ont contribué à son histoire, les confondant au hasard de leur surgissement : Arthur Rimbaud, Jules Mousseron, Jacques Darras, Lucien Suel, Charles Aznavour, Raoul de Godsvarvelde, Dominique Sampiero, Jean-Pierre Verheggen.  Il explique, joue de la dérision, commente devant un public complice, traduit quelques mots, entre rire et émotion, pousse une chanson reprise en choeur par la salle, souffle quelques notes qui trouvent un écho. Il se souvient d'amis avec des accents différents et des contes orientaux s'invitent dans le ciel du Nord, avec une parenté gouailleuse.  Encore et encore il marche * à la musique de la carriole qui le suit, comme un Gille au rythme de son apertintaille, dans la même résignation. C'est drôle, émouvant, nostalgique sans sensiblerie. 




On ne peut s'empêcher d'établir une corrélation entre ce personnage de fiction et l'interprète. Pour ceux qui n'ont pas eu la chance de voir les spectacles précédents de Jacques Bonnaffé, il y a dans ces « vieilles carrettes » un échantillon de ce qui a fait sa marque de fabrique et ses succès.




* au festival de Vassivière : Paroles de Conteurs, l’exiguïté du plateau accentuait encore l'impression de fauve en cage, de prisonnier du destin.

lundi 27 août 2018

Le conte d'aujourd'hui

Petit passage par le festival du conte "Paroles de conteurs" du lac de Vassivière dans le Limousin, Nouvelle Aquitaine.

Je ne suis restée que quelques jours au début du festival sur l'île de Vassivière dans le campement des contes, le village des contes.
Il vous faut imaginer de grandes tentes sur une immense prairie, un chapiteau de 300 places. Des espaces dédiés à la restauration, à la vente, aux échoppes,aux jeux pour les enfants, aux rencontres, à la détente, à la lecture, à la baignade ... des zones éphémères qui se créent pour un instant particulier ...
Des contes, il y en a pour tous les goûts, pour tous les âges, pour tous les publics...
On revoit les mêmes visages d'un spectacle à un autre, puis des têtes nouvelles
Visages éblouis devant des contes merveilleux, plus graves devant les contes de sagesse.
tous prêts à danser quand l'accordéon commente un conte tzigane.
Oreilles qui s'ouvrent parfois à la poésie comme lors de la visite performance d'une exposition.

Ce qui me pose question ce sont les spectacles du soir destinés à un public adulte, je n'ai pas dit "averti". J'ai assisté à 3 de ces spectacles. Vous avez sans doute remarqué que je n'ai pas dit "contes".
Les vieilles carrettes de Jacques Bonnaffé, [Sol] de Thomas Suel, et Voyageuse de Michèle Nguyen.
Je reviendrai davantage sur chacune de ces soirées.
Jacques Bonnaffé proposait un travail à partir de textes en rouchi, de chansons, d'anecdotes, de poèmes alliant le rire et l'émotion, passant de la confidence d'un personnage (imaginaire) aux textes d'auteurs, avec une interprétation très maîtrisée dans la spontanéité.
Thomas Suel présentait lui une performance à la fois plastique et orale qui évoque son enfance et sa vie actuelle, performance qui avait été ébauchée dans l'après-midi par une autre performance.
Quant au spectacle de Michèle Nguyen, il a l'ambiguïté d'une histoire qu'on sent vraie et autobiographique et les références d'une pièce de théâtre (metteur en scène nommé, jeu très construit)
Où est le conte dans cela ? Remonter à une étymologie du mot ?
Celui qui se donne comme le plus "construit" théâtralement et aussi celui qui donne le plus l'impression d'avoir échangé sa place de spectateur contre un poste de psychanalyste. Sensation dérangeante ...

A suivre

samedi 30 juin 2018

Rando poésie Laurence Vielle Camille Perrin


Nous sommes quelques uns, les premiers arrivés sous le chapiteau devant la médiathèque de Cornimont. Un rando- poésie est organisée dans le cadre du festival des Arts Mélangés.
Le soleil brille et éclaire l'effilochement de vagues nuages. C'est le premier bonheur de cette après-midi. La météo avait prévu un temps mitigé.
Les autres participants arrivent, trouvent pour les derniers encore de la place. On se poussera, on se serra, on a le cœur grand et les jambes qui s'impatientent.. Nous serons pas loin de 70 à prendre le départ, il y a même une dame qui marche mal en Joëlette.
La rando commence par une montée un peu raide, on l'a annoncée comme telle. Mais finalement l'enthousiasme la dévore ; Deuxième bonheur de la journée. Nous arrivons presque en avance à la première station de poésie, surprenant Laurence Vielle et Camille Perrin qui en sont encore aux mises au point. Ils ne se connaissent que depuis quelques heures.
A l'arrière de la Croix des Missions une pente douce accueille les spectateurs. Nous serons assis à l'ombre, face à la vallée et aux sommets de l'autre côté. Troisième bonheur de la journée.
Montée sur le socle sur lequel s'appuie la croix, Laurence Vielle commence la lecture d'un poème extrait de OUF, et de DOMO DI POEZZIA . Sur le côté, Camille Perrin commence à faire chanter sa contrebasse. Quatrième bonheur de la journée ? Non, celui-là n'est pas du même ordre, il est de ces bonheurs qui relativisent les autres. Au bord du vide, une comédienne à la voix si particulière nous entraîne dans le tourbillon de la Terre, qui tourne autant que le poème fait de retours sur lui-même, de reprises, de progressions et de rebroussements. Juste à côté, une contrebasse danse en martelant son rythme ou en prolongeant le vers d'une longue période. Le texte suivant nous mène au bord du gouffre pareil à celui qui se creuse de l'autre côté de Croix des Missions. Un homme au 22ème étage regarde le vide, comme nous regardons le vide de la vallée et les hauteurs qui la délimitent … Même vertige et même aspiration. On se laisse porter par la voix qui anesthésie l'inconfort de l'assise ou la fatigue des jambes. Quelques slogans de mai 68 pour une chanson en chœur. Nous voilà prêts à repartir. Pour continuer la magie. Mais c'est seuls que les deux artistes quittent la station.
Pour leur laisser le temps de s'installer plus loin, un guide local fait une lecture de paysage, les monts qui servaient de décors prennent un nom, une histoire.
Puis la marche reprend, plus active parce qu'elle n'est que la transition vers une nouvelle lecture, un nouveau temps de partage. Laurence Vielle accueille les arrivants, les accompagne d'un petit texte qui se prolonge pour le groupe suivant. Plus loin la contrebasse de Camille Perrin rassemble les marcheurs autour de quelques arbres. On s'assied à nouveau, sage troupeau parvenu à la source. Les textes sont extraits cette fois de ISSINAKIMOURUPAÇAVÉKU et de POESIE ART DE L'INSURRECTION. La magie opère à nouveau entre les artistes, entre les artistes et le public. Nous sommes hors du temps, et pourtant si présents dans la nature, dans l'écoute, dans la communion et le partage. La voix et la contrebasse parlent et dansent et nous nous abandonnons. Le dernier poème est une remise en route, au fur et à mesure du texte les marcheurs se redressent et reprennent le mouvement quittant le texte qui s'effiloche dans le lointain. On parle désormais de ce qu'on a entendu, de ce qu'on a ressenti, de ce qu'on va entendre. La marche n'est plus qu'attente, mouvement vers le futur rassemblement. Une descente un peu raide, une route à traverser à 70 en même temps, pas de problème, le groupe est soudé par ce qu'il vient de vivre. C'est aussi cela la magie. 70 personnes qui ne se connaissent pas unis et solidaires en si peu de temps.
La troisième station se trouve dans la vallée, presque déjà dans la ville. La lecture porte sur le dernier livre de Laurence Vielle ANCETRES. Toujours cette même magie et cette prodigieuse entente entre le musicien et l'actrice, entre le voix et l'instrument qui se soutiennent, se prolongent, se complètent, se précèdent.
Une dernière marche pour le dernier rassemblement sous le chapiteau. La boucle est finie. Le temps est maintenant aux échanges, au dédicaces (un dessin et une petite phrase) dans la modestie et la générosité, un besoin de se revoir....

lundi 11 juin 2018

Avignon pour toujours ?

Avignon est fini, les rues sont balayées, les affiches ont été enlevées des grilles et des poteaux et les ruelles ne connaissent plus que la nonchalance des touristes. Les marchands de salles comptent leur argent derrière les portes refermées.

Mais vous, tous, vous mâchez de la cendre.
Parce que vous n'y étiez pas, parce que vous y étiez, parce que vous y étiez mais pas là où vous l'auriez voulu, parce que vous voudriez encore y être ou parce que vous regrettez d'y être allés.

Pour qui Avignon est-il encore une fête ? Pour quelques fous qui ont l'ingénuité de se laisser aller aux rencontres fortuites, aux confidences au coin de deux rues étroites, confidences à d'autres rêveurs de Théâtre qui disparaîtront dans la foule. Pour tous les autres, pour vous, Avignon est un dieu carthaginois qui exige les sacrifices humains, qui dévore corps et âme dans son ventre de feu.
Je disais un jour à metteur en scène connu qu' Avignon changeait en chiens rugissants même les êtres les plus doux. Il m'a répondu : « Avignon, c'est le business, c'est dur et c'est cruel. Il ne faut pas être là à ce moment-là. »

Vous allez à Avignon comme des paralytiques vont à Lourdes et vous vous étonnez de ne pas revenir en courant, les béquilles dressées en ex voto à l'entrée de la grotte. Et si vous n'y allez pas, vous restez persuadés que le miracle aurait eu lieu...


Voici le texte que j'avais écrit au mois d'août à mes amis. Il était complété de phrases plus personnelles adressées aux uns ou aux autres.
Fin décembre, un comédien l'a lu dans une réunion à laquelle je participais , mais le débat ne s'est pas engagé. Le comédien comptait sur le texte pour éluder les questions qu'il savait dans tous les esprits.
Retour pour moi sur une interrogation lourde, profonde qui m'avait agité l'esprit pendant tout l'été.
Pourquoi aller à Avignon, pour qui ? Pour quelle consécration ? Pour quel esthétisme ? Quelle foi dans le théâtre et dans quel théâtre ?
Plusieurs soirs cette interrogation m'avait arrêtée au hasard d'une rue auprès d'un comédien, d'un metteur en scène. Jamais auprès d'un spectateur (les spectateurs n'ont pas le temps au festival... Est-ce dire aussi qu'il n'ont pas de recul et de questionnement par rapport à ce qu'ils voient ? )
Cette interrogation a trouvé un écho quelques jours plus tard quand on m'a demandé de parler de la mise en scène dans les troupes de théâtre amateurs, et des amateurs (acteurs ou spectateurs).

Les articles qui vont suivre tourneront beaucoup autour de cette rumination...

J'essaierai de maintenir en janvier quelques pauses poétiques et une nouvelle (en cours d'écriture) pour vous satisfaire tous...

Bonne lecture
Bonnes lectures

Bonne année...  

vendredi 6 avril 2018

Printemps des Poètes : Ardeur

Enfin je trouve un poème qui correspond point pour point au thème du Printemps des Poètes de cette année : L'ardeur ! 
Un seul regret, il ne figure pas dans un recueil de poésie mais dans le Télé Z qui sera en vente à partir de lundi (les abonnés l'ont reçu en avance.). Bravo à son auteur et un regret qu'il ait choisi l'anonymat. 

Le Printemps des Poètes 2018



ODE AU PRINTEMPS

Le printemps montre enfin son nez,
Petites hirondelles venez.
Le jardin est plein de fleurs,
Car tout pousse avec ardeur.
Le soleil nous fait de l'oeil
et réchauffe notre seuil.
Dans le bois le coucou chante,
Et la primevère charmante,
Nous dit voici les beaux jours,
Profitez-en mes amours.

Micheline T. du 52

vendredi 23 mars 2018

Les 10 mots 2018

Voici un texte qui a été proposé à la lecture à la journée de la poésie en Belgique. Plus précisément à
 Watermael Boitsfort (la ville des mots et de la francophonie). 


Il est un griot
griot hic et griot nunc
griot
d'ici et d'aujourd'hui
jaseur boréal
griot à écouter
en replay les soirs de nuit
les jours d'ombrage

quand s'assoupissent les nuages
et le dernier clapotis du naufrage
écoutez-le
écoutez le griot
écoutez-le
phraseur jubilant
jasant sa jactance
jazzant l'existence
géant d'effervescence

ohé oh eh oh ho ohé ého

Sa voix s'installe sur l'oreille
frappe au vestibule
s'adosse au pavillon
croise les jambes
prend un verre
et susurre au ras du tympan

volubile
elle s'enroule, se love
en ondes enluminées
aux ferveurs labiles

ça placote par ci
ça placote par là
Écoutez le
écoutez le griot
écoutez-le
Loquace et prolixe
il continue son verbe poétique
bluesant les inquiétudes
blessant les platitudes
blasant les lassitudes

Il parle parle parle
sans bagad, sans bagou, sans gouaille
il parle
Ecoutez-le
écoutez le griot
écoutez le
les babillards bavasseux
jacasseurs jargonnant
se lassent, se tassent, s'effacent à la fin

il parle, parle
truculent
agaçant l'accent
que d'autres ont dévoyé

il parle
et trace un sillage de contrails
dans la langue éternelle
dans le temps sans écho
mot à mot son à son
il parle
écoutez le griot.


Les dix mots :

  • Accent
  • Bagou
  • Griot, griotte
  • Jactance
  • Ohé
  • Placoter
  • Susurrer
  • Truculent, ente
  • Voix
  • Volubile

jeudi 4 janvier 2018

Vitamine P !





Petit exercice d' analyse d'image... 

un vieil homme 
à moitié endormi (à moitié mort ? )
fermé au monde, coupé du réel 
inactif
dans une ataraxie profonde
replié sur lui même (les mains dans les poches)
il a eu froid mais maintenant il est bien au chaud dans sa grosse polaire
dans un fauteuil
devant une fenêtre à laquelle il tourne le dos
une nature froide, enneigée, dont il se protège
déjà des rideaux ont été tirés, ils cachent une partie de la fenêtre
dehors la nature et  des arbres, nous sommes dans un bois ou au mieux à la campagne 
les rideaux et le froid induisent un silence profond
Tout s'endort plus de bruit douce nuit sainte nuit (air de saison)
Deux statues de dieux ou de divinités exotiques 
l'ésostérisme n'est pas loin; 
peut-être le vieil est-il en prière, dans un coma mystique.

Vous l'avez  vu c'est l'image qu'a choisie Printemps des Poètes pour présenter ses vœux, pour donner l'image que nous devons avoir du poète au XXIème siècle. : 
un HOMME hors du temps et de la vie, focalisé sur son intérieur divin. 
Pour ceux qui pensent autrement je conseille la lecture de 

La vitamine P de Jean-Paul Siméon (Rue du monde éditions)
dont voici la 4ème de couverture

Avons-nous vraiment besoin des poètes et de la poésie ? A cette question qu'on ne prend même pas le temps de se poser, Jean-Pierre Siméon répond par un "oui !" enthousiaste et argumenté. Pour contrer l'apathie de nos consciences et aiguiser l'esprit de résistance, pour donner du souffle à nos émotions et nous affranchir des carcans de la langue, il nous montre qu'il est urgent de nous doper à la vitamine Poésie ! Mais comment aborder un poème ? Comment accepter de ne pas tout y comprendre ? Et pourquoi est-il décisif d'inviter les enfants, dès le plus jeune âge, à cette stimulante f

mercredi 20 décembre 2017

La grande faute de Miss France : elle parle français

Voilà tout vient d'une petite phrase sur la "crinière" de la miss qui l'a précédée. Et l'on crie au scandale. Raciste !
Oui il y  a là une forme de racisme. On laisse des personnes sans aucune culture, qui ne maîtrisent pas la langue française diffamer une femme qu'elles ne connaissent même pas.
Le mot "crinière" dans le dictionnaire a plusieurs acceptions. Dont une "chevelure abondante ". L'usage de ce sens est attesté depuis 1671, dans un écrit de Boileau. Il apparaît dans la dernière strophe de La chevelure de Charles Baudelaire.
C'est très grave, cela veut dire qu'aujourd'hui, la vérité appartient à ceux qui sont le plus illettrés, le plus éloignés de la culture la plus primaire, celle qui consiste à connaître la langue que l'on pratique au niveau national. Une tweetteuse l'a judicieusement fait remarqué "les lionnes sont chauves" et elle en profite pour insulter la femme qui connaît la polysémie des mots (ce n'est pas une maladie).
Ce qui est très scandaleux, c'est que les journalistes prennent fait et cause pour les diffamateurs et participent notoirement à cette diffamation, sans chercher qui est le fautif dans l'histoire, celui qui parle un français correct ou celui qui ne le comprend pas et délire dans une aberration lexicale. (ce n'est pas une maladie non plus). Rappel la diffamation est punie par la loi. Peut-on imaginer que tous les journalistes et tous les directeurs de rédaction qui ont choisi de propager la diffamation basée sur une mauvaise compréhension seront condamnés ?
Certains journaux demandent même une destitution (Gala par exemple). Ils feraient mieux  d'envisager l'achat d'un dictionnaire.
Ce qui est grave, c'est qu'on peut aujourd'hui accuser quelqu'un et le salir sur toutes les chaînes de télévisons à une heure de grande écoute, simplement en se fiant à une méprise.
Ce qui est grave c'est que personne ne fera de repentir public ou d'excuse.
Ce qui est grave c'est que ce genre d'attitude a conduit à dénoncer des milliers de gens pendant la Seconde guerre Mondiale et à les envoyer dans les camps d'extermination, il y a 70 ans seulement. Les faits prouvent que notre société serait pire que celle d'alors... Le racisme ... Où est-il ?

Ah un petite rappel, il était très à la mode, il y a une vingtaine d'années d'arborer une "lionne" qui était une coiffure toute bouclée sur l'arrière. A l'époque pourtant  les lionnes ne portaient pas de crinière.
Doit-on voir là une victoire de Daech sur  un nouveau théâtre de bataille : celui des medias qui peuvent servir sa cause en mettant en exergue (ce n'est pas une maladie) des allégations (ce n'est toujours pas une maladie) qui font croire à une universalité du complot contre la cause dont Daech se croit le tenant.
Quelques fables de La Fontaine (auteur de la même époque que Boileau) : Le loup et l'agneau, les animaux  malades de la peste. 

jeudi 16 novembre 2017

Vania mort pour la France (critique)





Vania est mort pour la France. Vania un Russe qui a abandonné sa mère patrie pour les bourbiers de la Marne de la Grande Guerre. Le texte est une commande du Département de la Marne dans le cadre de la commémoration du centenaire de la Première Guerre Mondiale. Pascal Adam a écrit le texte et Yves Béraud assure à l'accordéon la partie musicale.
Le conteur et comédien Fred Pougeard incarne le texte.
Quel âge Vania a-t-il ? Le texte est vague là-dessus, comme sur sa vie d'avant. On lui imagine l'âge du comédien et sa mort en est plus cruelle, car Vania commence par finir, par mourir lors de l'attaque commandée par Nivelle. Il sera enterré dans le cimetière russe de Saint-Hilaire dans la Marne ; Une chapelle et un petit ermitage assurent une présence russe autour des nombreuses tombes.... voilà pour le contexte historique et le rapport avec le département.
Les dernières heures de Vania sont donc les premières minutes du spectacle. Moment fort que porte avec force Fred Pougeard. L'issue est connue de tous, impossible de faire du suspens sur cette offensive qui a coûté la vie à tant d'hommes. La voix monte, le ton s'emporte, puis se fatigue, cherche à retrouver de l'énergie, la dernière énergie. C'est un exercice dans lequel excelle le comédien. (il faut avoir vu L'oiseau qui dit non pour en mesurer toute la puissance). Au moment final, comédien et auteur se rejoignent dans une sobriété qui refuse le pathétique au profit de l'humain.
Vania n'a pas d'histoire particulière, il n'est qu'un parmi tant d'autres avec ses doutes, ses peurs, ses rires, sa nostalgie (soutenue par des chansons assez nombreuses). On lui ment sur la situation en Russie, sur la situation en France, sur la situation en Allemagne. Il erre d'une scène de combat à un hôpital, à une chambrée. Au sol, dans un décor minimaliste, son pardessus, comme une défroque, ou une chrysalide abandonnée au dernier instant. En adoptant un jeu un peu en retrait à la façon des conteurs qui ne deviennent jamais vraiment les personnages dont ils content l'histoire, Fred Pougeard renforce l'universalité de Vania. Au spectateur de faire le chemin supplémentaire.
Performance du texte. Non, tout est trop réglé, mis en scène, répété, maîtrisé.

Performance de comédien, oui. Avec à nouveau ce sentiment déjà souvent éprouvé que les comédiens de notre XXI ème siècle ne sont plus en attente de personnages ou de grandes fresques, qu'ils se veulent libérés des metteurs en scène re-créateurs des grands œuvres, qu'ils cherchent dans des récits souvent poétiques mais à la limite de l'écriture pour le plateau une autre façon de partager le texte d'une façon nouvelle, plus directe, dans un contact réinstauré entre la scène et le public.

jeudi 22 juin 2017

les animaux inéluctables (critique)

Elles sont trois, non quatre car il faut aussi compter Jurate Trimakaité. Elles sont donc quatre dont un renard, un ours, une belette....rassemblées pour proposer « Les animaux inéluctables » d'après des nouvelles de Valdoné Budreckaité, une auteur lituanienne contemporaine. 

Si Juraté Trimalkaité a conçu le spectacle et en assure la régie, Marion Belot, Véra Rozanova et Thaïs Trulio se partagent le jeu et la manipulation des marionnettes (des animaux que la taxidermie rend déjà vivants avant qu'ils ne soient manipulés).

Les trois histoires s'organisent autour du lien indéfectible qui unit, dans un pays lointain à la fois si différent et si proche du nôtre, l'homme et l'animal, de la vie à la mort et même au-delà de la mort.
Chaque protagoniste rencontre un animal, par hasard chez lui, un soir de tempête, à sa naissance ou à une extrémité qui se révèle le début d'un ailleurs.

Les comédiennes passent de la manipulation à un jeu qui souvent se rapproche du cirque ou de la danse ou du spectacle de clown. On sent les articulations, les conventions qui sont à la base du travail, mais pour y adhérer avec le ravissement d'un enfant que surprend encore l'ingénuité. Il y a une grande part de candeur, de pureté dans ce spectacle où la mort est poétisée et et s'apparente à la féerie. Les enfants rient sincèrement parfois dans un moment qui devrait être tragique, car le recul est important. Imaginez un jeune homme qui danse le fox trot avec un renard venu le dévorer....

Il y a aussi une grande part d'esthétisme, tout est beau, comme dans un doux rêve d'enfant, les animaux, les personnages, les lumières, le décor, sobre mais efficace (un canapé, un manteau qui enfante puis devient une sorte d'exosquelette) et la scénographie qui enroule toute l'histoire puis la déroule.

De la maquette présentée à l'Ecole Nationale Supérieur des Arts de la Marionnette de Charleville-Mézières, a surgi un spectacle de grande qualité technique (trois formes de manipulation), de grande qualité poétique et esthétique. Qu'on aime ou non le monde des marionnettes, on trouve dans les Animaux Inéluctables émotion et prétexte à la réflexion. Un cocktail qu'on ne peut en aucun bouder bouder.



samedi 4 mars 2017

La position de la culture

L'artiste
genou à terre
embrasse la main
du responsable des subventions
main grasse et turgescente
position de la culture
les lèvres sur la main
fellation culturelle ou financière ?